#JeSuisCharlie

Mercredi 7 janvier dans l’après-midi, mon fils de 20 ans a écrit ces mots :

Je suis tout jeune, j’ai beaucoup de choses à apprendre, certes, mais depuis que je suis né, j’ai toujours connu des attentats, des guerres inutiles pour montrer qui est le plus puissant, et ce toujours pour les mêmes raisons. Voilà pourquoi je dis que ça ne m’étonne même plus…et c’est pas normal du tout. La situation actuelle telle que je la vois est irrattrapable, dans 20/30/40 ans ce sera toujours pareil, voire  pire.

J’avoue m’être pris un gros coup de poing dans le ventre à la lecture de ces quelques lignes. Comme la plupart des mamans, j’ai voulu offrir à mes enfants une enfance douce, une enfance cocon, les protéger tout en les préparant à devenir des adultes humanistes et tolérants. Jamais je n’aurais imaginé que les jeunes nés depuis les années 90 puissent en être à ce degré de pessimisme, de non-espoir en des lendemains qui chantent.

Mon enfance à moi, c’était les années 70 et 80, dans le 93. Nous étions blancs, jaunes, noirs, basanés, nous nous foutions de nos différences, elles n’existaient pas. Nous avons grandi dans l’idée que nos parents nous protégeaient, que le monde était un bel endroit, que le gentil gagnait toujours à la fin. Nous avons appris que la mort c’était soit une cause naturelle, soit un accident, une confrontation jamais agréable mais qui pouvait s’expliquer. Nous pensions qu’en étant sages et en travaillant bien à l’école, nous aurions un travail. Nous avons déchanté en grandissant, mais nous étions assez solides pour affronter le monde.

Nous avons eu une enfance, une vraie, qui nous a permis de nous construire, de développer notre personnalité future.

Pas eux. Leur enfance leur a été dérobée, dans la souffrance et le sang. A chaque fois qu’une bombe explose quelque part sur la planète, à chaque fois qu’une mine éclate, à chaque fois qu’une balle transperce une peau fragile, c’est un petit bout d’eux que l’on déchire. Un petit morceau de leur âme, la part d’eux-mêmes qui leur permet de rêver, de sourire, d’espérer.

J’ai peur que la réserve ne soit pas inépuisable, qu’à force de leur retirer ces bribes, il ne leur reste rien, une coquille vide de beauté. Aurons-nous la force de venir en aide à nos enfants s’ils ne sont plus emplis que d’amertume et de désespérance ? Aurons-nous les mots ?

Ils se lèvent chaque matin avec en eux l’idée qu’ils peuvent mourir n’importe quand, sans explication satisfaisante. Voilà le cadeau immonde que leur a fait notre génération.

Comme dans tous les cas, quelle que soit la cause invoquée, depuis la nuit des temps, les fils payent pour les péchés des pères.

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