Les corps glorieux

En décembre dernier, au salon de Maringues, j’ai découvert une romancière assez atypique dont j’ai acheté – et lu – deux ouvrages : Les corps glorieux et Le cabinet du diable. Il s’agit de Céline Maltère.

Présentation des Corps glorieux :

Que se passe-t-il au château de la reine Kationa ? Le bruit court qu’elle a perdu la raison et qu’elle redouble de cruauté depuis la mort de Balzane. Ne s’est-elle pas mis en tête de la remplacer par n’importe quel moyen ? Ce désir insensé la pousse à vivre d’étranges aventures : capturer un chant de sirène, vaincre les nains de la Forêt carnivore, affronter le long chevalier rouge ou passer de l’autre côté du miroir ? autant d’épreuves qui la mèneront au-delà des réalités.

Les corps glorieux est un curieux ouvrage sortant vraiment des sentiers battus. Céline Maltère y utilise tous les codes du fantastique, de la chanson de geste et du roman chevaleresque, mais les détourne habilement, pour en tirer une ode cruelle et violente. La grande originalité du roman est qu’il est entièrement dédié à la gloire d’une héroïne, qui n’endosse les caractéristiques masculines que pour mieux s’en détacher.

Si vous aimez les belles et douces héroïnes, qui brodent sagement pendant que les hommes guerroient, passez votre chemin ! Kationa se laisse porter par ses désirs, ses lubies et ses envies, sans s’embarrasser de ce que le monde pourrait en penser. Elle va d’aventure en aventure, dans la plus pure tradition médiévale, rencontrant des personnages réels ou non, dont elle ne fait généralement qu’une bouchée. Ici, la femme règne en maîtresse, pour le meilleur comme pour le pire. D’amours saphiques en quête désespérée, Kationa va vous surprendre et vous apprivoiser. Vous allez tour à tour la détester, l’admirer, l’envier… Elle prend son destin en main, et ça change des princesses godiches armées d’une seule brosse à cheveux !

On est là au croisement des Chevaliers de la Table Ronde, du Marquis de Sade et des grandes épopées de fantasy. L’écriture très maîtrisée et exigeante implique une lecture attentive, sous peine d’être perdu. On ne lit pas ce roman comme un banal polar ou un de ces livres feelgood qu’on peut parcourir d’un oeil distrait. Il faut parfois s’accrocher, mais cela en vaut la peine !

 

corps

Place à Céline Maltère !

1/ Peux-tu te présenter en quelques lignes ?

J’écris des romans, des nouvelles et des poèmes. Certains ont déjà été publiés chez différents éditeurs ou dans des revues.

2/ Tes livres mettent en avant des personnages féminins très forts, est-ce une forme de militantisme ?

C’en est une, même si ce n’est pas réfléchi. Pour moi, c’est une évidence de mettre en scène de nombreuses femmes, et l’écriture permet de leur faire dépasser des limites. J’aime l’idée de la femme toute-puissante, fatale et implacable, l’image de la guerrière ou de l’Amazone. Dans le Cycle de Goth, dont Les Corps glorieux[1] sont le premier tome, je fais parler Kationa, une jeune reine en proie au désir. Je lui ai donné les armes pour vaincre tout ennemi. Ses sœurs, dans les tomes suivants (dont Les Vaniteuses à paraître dans quelques mois à La Clef d’Argent), luttent aussi à leur manière contre toutes sortes d’adversaires, même des allégories.

3/ As-tu un rituel d’écriture, un moment privilégié pour écrire ?

Je profite de tout moment libre en dehors de mon métier, et je travaille surtout le soir, mais cela peut être aussi le matin très tôt. Question « rituel », tout cela est accompagné de quelque chose à boire, selon les heures de la journée…

4/ Si tu devais choisir entre l’enseignement et l’écriture, lequel choisirais-tu ? Et pourquoi ?

Sans aucun doute l’écriture, puisque c’est lié véritablement à ce que je suis. C’est organique. Transmettre à des élèves qui ont envie d’apprendre est quelque chose que j’aime beaucoup aussi. Mais l’enseignement reste un métier, non une passion et une nécessité.

5/ Quel est l’adjectif qui te définit le mieux selon toi ? Et selon tes proches ? 

Difficile à dire. Mon frère m’a dit « inquiète », et je suis plutôt d’accord avec lui. Le sens étymologique de ce mot me plaît beaucoup. Sans quiétude… Je ne parviens pas à décrocher, à mettre mon esprit au repos.

6/ Si tu ne devais plus lire qu’un seul livre jusqu’à la fin de tes jours, lequel choisirais-tu ?

Pour moi qui, de peur de manquer de temps, n’aime pas relire et préfère rester sur ma première perception, c’est une question piège. Sous le coup d’une passion récente, j’aurais tendance à dire Le Mur invisible de Marlen Haushofer[2] pour sa beauté formelle et celle de son contenu.

7/ Quelle est ta définition d’un dimanche parfait ?

Un dimanche où j’ai pu TOUT faire, où je peux me dire, le soir : c’était du travail et du plaisir, quel bonheur. Un dimanche où j’ai eu le temps de voir mes proches et où il faisait beau. Et si j’ai pu, en plus, faire un excellent repas et me prélasser au bord de l’eau… Un tel dimanche existe-t-il ?

8/ Lequel de tes personnages, tous livres confondus, aurait le plus de chances de survivre à une apocalypse zombie ? Pourquoi ?

Le sergent Bertrand[3] survivrait aisément à une attaque de zombies car il séduirait les moribondes et n’hésiterait pas, en militaire qu’il est, à massacrer ses rivaux. Mais je pense aussi que mes trois reines, Kationa, Katarina et Katia, s’en sortiraient très bien grâce à leur art du combat. Quant à mes charcutières, elles en feraient du boudin.

9/ Dernière question (la question piège qui peut t’attirer des millions d’ennemis) : pain au chocolat ou chocolatine ?

En Auvergnate, je dis « pain au chocolat », mais j’aime tellement Biarritz que je choisis « chocolatine », contre mes origines !

10/ Le mot de la fin ?

J’ai faim !

[1] La Clef d’Argent, 2016

[2] Lien d’un article que j’ai consacré à cette auteur : http://salon-litteraire.linternaute.com/fr/roman/content/1945291-sous-le-ciel-infini-de-marlen-haushofer

[3] Les Cahiers du sergent Bertrand, Sous la Cape, 2015.

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